Feb 12, 2017 10:43 PM ET

FIDA 2017 – Place aux femmes dans le développement rural

iCrowdNewswire - Feb 12, 2017

Par Mario Osava et Baher Kamal

Mario Osava et Baher Kamal interviewent JOSEFINA STUBBS, candidate au poste de présidente du Fonds international de développement agricole (FIDA)

BRASILIA, 6 février 2017 (IPS) – Josefina Stubbs, de la République dominicaine, peut devenir la première femme à présider le Fonds international de développement agricole (FIDA), qui se consacre à l’éradication de la pauvreté rurale.

 

Josefina Stubbs, candidate au poste de présidente du Fonds international de développement agricole (FIDA). Crédit: Courtoisie de Josefina Stubbs

Le FIDA est un bureau des Nations Unies créé en 1977 pour investir dans les paysans pauvres qui représentent les trois quarts de la population pauvre et sous-alimentées dans le monde.

Stubbs a accumulé 35 ans d’expérience dans le développement rural, tout récemment au FIDA, en tant que Directrice régionale de la Division Amérique latine et Caraïbes (2008-2014) et ensuite comme Vice-présidente adjointe du Département de la stratégie et de la gestion des savoirs, avant d’être présentée au poste de présidente du FIDA par son pays, la République dominicaine.

Licenciée en psychologie et avec une maîtrise en sociologie, en sciences politiques et en développement international, Stubbs a également travaillé pour l’ONG Oxfam et la Banque mondiale.

L’élection aura lieu le 14 et le 15 février lors de la réunion annuelle du FIDA à son siège de Rome. Stubbs peut compter sur son expérience de direction, en tant que vice-présidente, de la conception du Cadre stratégique 2016-2025, en plus de sa connaissance approfondie du travail et des dynamiques du FIDA.

Au cours de ses 40 années d’expérience, le FIDA a assigné 18,4 milliards de dollars à des projets de développement rural qui ont bénéficié 464 millions de personnes. De plus, ses prêts souples et ses donations ont mobilisé des sommes très supérieures apportées par les gouvernements et d’autres sources nationales, au titre de cofinancement.

Le renforcement des rendements des petits agriculteurs, la protection de l’environnement, la formation des paysans pauvres et l’autonomisation des jeunes et des femmes seront ses priorités si elle est élue présidente du FIDA.

Ses idées et ses plans ont été résumés dans cette interview avec IPS lors de sa visite à Brasilia la première semaine de février.

IPS: Quelle orientation et quelles priorités adopterez-vous en tant que présidente du FIDA si vous êtes élue?

JOSEFINA STUBBS: Je me consacrerai à travailler avec les gouvernements des Etats membres du FIDA, en particulier avec les pays à revenu faible ou intermédiaire, afin qu’ils puissent progresser vers la réalisation de l’Agenda 2030 dans le secteur rural et atteindre le Développement Durable avec deux objectifs : Sécurité alimentaire et réduction de la pauvreté. La mise en œuvre de l’Agenda 2030, le soutien aux femmes et aux jeunes et la protection de l’environnement seront vitaux pour l’avenir du secteur rural.

Cela nécessite une augmentation de la productivité agricole et non agricole, afin de produire plus et mieux, desservant une population en croissance constante, et une dynamisation de la petite agriculture pour créer plus d’emplois, de services et de revenus. Un secteur rural vibrant est nécessaire pour maintenir la population dans les campagnes, en particulier les jeunes.

Nous devons soutenir les femmes avec plus de vigueur dans le secteur productif et dans la transformation des produits agricoles, en encourageant la création d’entreprises pour accroître les avantages. De cette façon, de nouvelles chaînes de production inclusives se génèrent et leur participation active au marché est renforcée. L’organisation des agriculteurs est essentielle pour augmenter les volumes de production et de commerce, et pour améliorer les normes reconnues de qualité des produits qui parviennent à des consommateurs de plus en plus exigeants.

Les politiques publiques sont le parapluie dans lequel le FIDA peut travailler plus étroitement avec les gouvernements. Un exemple est le Brésil, où nous travaillons avec les gouvernements national, de l’Etat et municipal dans les politiques d’expansion des marchés et de transfert des technologies. Les activités du FIDA au Brésil étaient limitées il y a huit ans, mais nous avons maintenant des accords avec tous les neuf États de la région du Nord-est du Brésil, offrant un appui financier et une assistance technique. C’est une expérience qui devrait être renforcée et menée dans d’autres pays.

IPS: Et y aurait-t-il une région prioritaire, l’Afrique par exemple?

JS: La priorité du FIDA est aux ruraux pauvres, leur formation et la formation des gouvernements dans la recherche de solutions. En Afrique, nous avons fourni de nombreuses ressources et nous devons continuer à le faire. L’économie africaine est fortement liée au secteur rural, à la fois en raison de l’emploi et parce que les marchés urbains et péri-urbains demandent plus d’aliments de meilleure qualité. L’Afrique bénéficie du soutien du FIDA en raison de son taux de pauvreté, mais également les pays asiatiques tels que l’Inde, le Vietnam et le Cambodge.

IPS: Pour la première fois, trois femmes se présentent à la présidence du FIDA. Les chercheurs disent que les ressources permettent d’obtenir des résultats plus efficaces contre la pauvreté et la faim si elles sont données aux femmes. Que doit faire le FIDA pour les femmes rurales, qui représentent plus de 60 pour cent de la main-d’œuvre agricole dans les régions du Sud et sont victimes d’inégalités?

JS: Les gouvernements doivent être encouragés à assurer une plus grande présence des femmes dans toutes les activités financées par le Fonds. Mais nous devons le faire de manière novatrice, en brisant les barrières traditionnelles à l’accès des femmes aux biens publics et privés, aux prêts, à la technologie et aux marchés. Nous devons créer de nouveaux instruments spécifiquement adaptés à la vie des femmes, à leurs besoins, afin qu’ils leurs soient utiles. Il est absolument urgent d’accroître la participation des femmes et leur rôle dans le processus de prise de décision concernant les investissements réalisés dans leurs communautés et qu’elles soient des sujets actifs dans la mise en œuvre de ces investissements.

IPS: Mais le développement technique et scientifique a été orienté vers la production agricole à grande échelle. Serait-il approprié pour les femmes pauvres dans les zones rurales?

JS: Dans le domaine de l’agriculture, le Brésil montre une coexistence entre les grands et les petits agriculteurs. Il dispose déjà de nouvelles machines pour les petits producteurs, comme les tracteurs et les moissonneuses, ainsi que l’irrigation. Les progrès réalisés par la Société Brésilienne de Recherche Agricole (Embrapa) pour l’amélioration des cultures des petits agriculteurs sont extraordinaires. Le Brésil a développé d’importantes technologies pour d’autres pays. Il a également fait des progrès avec les infrastructures productives dans les communautés. Par exemple, les machines et les camions frigorifiques pour le lait de chèvre, adaptés aux routes étroites. Nous avons besoin de technologies adaptées aux petites exploitations.

La sécurité alimentaire dépend des petits producteurs. En Afrique, 60% du panier alimentaire de base de la classe moyenne vient des petits producteurs locaux. Si nous n’accroissons pas cette production, nous perdons l’occasion de promouvoir la sécurité alimentaire dans ces pays. Cela a été prouvé. En République dominicaine, 80% des produits de base proviennent de petits producteurs.

L’accroissement de la capacité de production nationale apporte plus d’avantages que les dépenses pour les importations. C’est une bataille gagnée que nous devons rendre visible.

IPS: L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) partage-t-elle ce point de vue?

JS: Le travail des trois agences basées à Rome – le FIDA, la FAO et le Programme Alimentaire Mondial (PAM) – doit créer une synergie. Ils ont un rôle clé à jouer pour aider les gouvernements à atteindre les objectifs de l’Agenda 2030 dans le secteur rural. Sur la base de la mission spécifique de chaque agence, nous devons accroître notre impact en matière d’investissement pour les ruraux pauvres par l’intermédiaire du FIDA, renforcer les politiques nationales et mondiales qui facilitent la réalisation de la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté grâce au travail de la FAO et consolider les réponses humanitaires dans le secteur rural dont le PAM s’occupe depuis des décennies.

IPS: En ce qui concerne l’environnement, comment le FIDA et les petits agriculteurs peuvent-ils contribuer à la protection de la nature et du climat?

JS: Les questions du changement climatique et de la gestion adéquate des ressources environnementales doivent être envisagées dans une perspective plus large dans le secteur rural. Je continuerai à défendre une «agriculture intelligente» de pratiques favorables à l’environnement et qui en même temps génèrent des revenus. Mais en plus, nous devons porter attention à la gestion des ressources environnementales telles que l’eau, l’énergie, le tourisme ou l’agroforesterie, qui génèrent également des avantages économiques et environnementaux pour les secteurs rural et urbain. Nous devons chercher à responsabiliser les communautés, en particulier les communautés indigènes, pour qu’elles deviennent des gestionnaires efficaces des ressources naturelles.

IPS: L’eau est un autre problème environnemental croissant.

JS: Tout d’abord, nous devons protéger nos bassins, reboiser, préserver. Ensuite, nous devons changer le modèle d’irrigation, remplacer l’inondation par de nouvelles techniques. Parfois, la solution est simple. La collecte d’eau de pluie, comme dans le nord-est du Brésil, en est un exemple. La recherche de solutions implique l’écoute de la population locale, sans imposer des approches de développement dont les gens n’ont pas besoin.

IPS: Comment le FIDA maintiendra-t-il ou accélérera-t-il la réduction de la pauvreté, vers son éradication d’ici à 2030?

JS: Au terme des Objectifs du Millénaire pour le développement, un milliard de personnes ont été élevées de la pauvreté. Maintenant le défi est de les maintenir à flot, mais un milliard de personnes vivent encore dans la pauvreté. Nous devons maintenir les acquis et accroître les résultats. Nous devons combiner les programmes conditionnels de transfert de fonds avec une augmentation de la productivité, aider les petits producteurs dans leurs entreprises de production et de services, soutenir l’élargissement de l’accès aux technologies comme un instrument pour étendre les avantages du développement. Nous devons créer un secteur rural où les jeunes voient un avenir et veulent rester. (FIN/2017)

 

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